Explorer l’art d’aujourd’hui : regards inédits sur la scène des expositions
Dans un monde où le rythme des innovations ne cesse de s’accélérer, la scène artistique se réinvente en permanence. Mais comment ces métamorphoses se vivent-elles de l’intérieur, au cœur du processus de sélection, de médiation et de mise en valeur des œuvres ? Pour saisir ces enjeux, Slowvibes est parti à la rencontre d’Emmanuelle Giraud, commissaire d’exposition reconnue, qui orchestre de nombreuses manifestations dans les centres d’art contemporain, galeries partenaires et festivals urbains. De ses premiers repérages aux montages finaux, en passant par ses intuitions et ses débats avec le public, elle nous invite à décrypter les nouvelles tendances qui traversent le champ de l’art visuel en 2024.
Créer un parcours, raconter une époque
Pour beaucoup, le commissaire d’exposition reste une figure mystérieuse : œil averti, trait d’union entre artistes et institutions, il ou elle compose des récits à travers la scénographie, relie des œuvres parfois éclectiques et donne forme à notre regard sur la création contemporaine. Emmanuelle Giraud décrit ainsi son métier : « Être commissaire, c’est tracer des itinéraires, provoquer des rencontres et parfois déranger le spectateur dans ses habitudes visuelles. »
- Choix de la thématique : Toute exposition commence par une intuition forte, souvent reliée à une problématique de société, un motif récurrent observé chez les jeunes artistes, ou encore une volonté de revisiter l’histoire à travers un prisme actuel.
- Repérage et veille : « Je navigue en permanence entre réseaux sociaux, ateliers collectifs, résidences et galeries hybrides. Les meilleurs talents surgissent parfois là où on les attend le moins, hors des cénacles classiques. »
- Dialogue avec les artistes : L’échange est quotidien. Comprendre l’intention derrière chaque œuvre, saisir les références cachées et accompagner l’évolution d’un projet jusqu’à son accrochage final constituent la trame du processus commissarial.
Loin d’être un simple catalogue d’œuvres, une exposition devient alors un médium vivant où s’expérimente une vision collective du monde.
Mutation des formats d’exposition : innovations et nouveaux usages
Si la visite d’une exposition évoquait jadis un cheminement dans des salles silencieuses, les formats participatifs, immersifs ou numériques renouvellent aujourd’hui l’expérience du public. Ce phénomène n’est pas anodin, explique Emmanuelle Giraud : « Les visiteurs veulent s’impliquer. Ils attendent des œuvres à toucher, à vivre ou à manipuler. Les frontières entre artiste et spectateur se brouillent. »
- Expositions interactives : Tablettes, casques de réalité augmentée, dispositifs sonores ou olfactifs permettent désormais de plonger dans l’œuvre, de l’activer ou de la transformer en direct.
- Hybridation des espaces : L’art s’invite dans les lieux inattendus : espaces publics, friches industrielles, musées en plein air, plateformes virtuelles. Cette multiplication des formats casse les codes et conduit à une nouvelle cartographie culturelle.
- Mises en récit collectives : Nombre de commissaires conçoivent les expositions comme des laboratoires, intégrant des ateliers, des performances, des invitations à collaborer avec les habitants, voire à co-créer certaines œuvres avec les visiteurs.
Ces tendances traduisent une volonté, partagée par toute une génération, de faire de l’art un espace d’échange direct et d’expériences partagées.
Décryptage : les matériaux et thèmes qui émergent
Que racontent aujourd’hui les œuvres exposées ? Quelles préoccupations, quels modes de fabrication ou quelles alliances avec la technologie retiennent l’attention des commissaires ? Emmanuelle observe plusieurs axes forts :
- Mise en avant des matériaux durables : Bois, terre, textiles recyclés, objets du quotidien réinventés : la plupart des artistes questionnent notre rapport à la nature, au recyclage, à l’économie circulaire. « L’art se fait laboratoire écologique et social. »
- Pratiques collaboratives : Collectifs, duos, œuvres participatives… La dimension individuelle s’efface au profit du commun, de la co-création et du projet partagé.
- Montée du récit autobiographique : Chômage, migrations, identité de genre, histoires de famille : de nombreux artistes insufflent à leurs pièces des fragments de parcours personnels, au croisement du documentaire et de la fiction.
- Technologies émergentes : L’intelligence artificielle, l’impression 3D, la vidéo générative ou le mapping numérique s’intègrent de plus en plus en tant que médiums à part entière, explorant la frontière entre réel et virtuel.
Ces évolutions témoignent d’un art en prise directe avec les enjeux éthiques, politiques et scientifiques contemporains.
Regards croisés : artistes, publics et institutions en dialogue
Élodie Q., artiste-plasticienne :
« Travailler avec Emmanuelle, c’est vivre une exposition comme une résidence permanente : la scénographie évolue, on discute entre accrochage et finissage, et le public intègre nos doutes et nos processus dans le parcours. »
Arthur M., visiteur régulier :
« J’adore les expositions où je peux intervenir, toucher, créer une partie de l’œuvre moi-même ou discuter avec l’artiste. Ça change tout, on sort de la position de simple spectateur. »
Sandra L., responsable de médiation dans un centre d’art :
« La nouvelle génération de commissaires bouscule notre métier : nous devons concevoir des dispositifs de rencontre, inventer des outils de médiation pour des publics très diversifiés, du scolaire au senior en passant par les créateurs amateurs. »
Compétences-clés du commissariat en 2024
- Curiosité active : Maintenir une veille constante, assister à vernissages, salons d’art alternatif, lectures croisées et repérages dans plusieurs disciplines (photographie, sculpture, arts numériques, etc.).
- Médiation augmentée : Concevoir des dispositifs de visite adaptés aux différents publics (visites guidées, ateliers de création, supports pédagogiques interactifs).
- Négociation et gestion de projet : Monter un budget, fédérer des partenaires, gérer des prestataires techniques…
- Communication story-telling : Savoir « vendre » une exposition non seulement aux médias spécialisés mais aussi au grand public, sur les réseaux et dans l’espace urbain.
- Ouverture à l’international : Tisser des liens avec des artistes des scènes émergentes, coproduire des événements transfrontaliers.
Tendances à suivre : l’art comme espace de transitions
- Expositions itinérantes ou éphémères : Adaptées aux enjeux éco-responsables et à la demande de flexibilité, ces formats permettent de toucher de nouveaux publics hors des centres villes.
- Pluridisciplinarité affirmée : Hybridation avec la danse, le théâtre, la performance ou la musique live, brouillant les catégories classiques pour inventer de nouveaux langages scéniques.
- Centralité des archives et de la mémoire : Beaucoup de commissaires intègrent des documents d’époque, des témoignages, voire des objets « bannis » ou oubliés, créant un dialogue entre histoire collective et créations d’aujourd’hui.
- Éthique de la proximité : Montage d’expositions coproduites avec des habitants, implication de collectifs citoyens, mise en avant de la création locale (y compris dans les campagnes et petites villes).
- Art et santé mentale : Nouveaux dispositifs pour aborder la fragilité, le soin, ou la reconstruction de soi à travers l’art.
Conseils d’Emmanuelle Giraud aux passionnés d’art
- Explorez des lieux alternatifs : Ne limitez pas vos visites aux grands musées : poussez la porte de collectifs, d’ateliers et de pop-up exhibitions.
- Multipliez les formats de découverte : Participez à des visites commentées, à des ateliers interactifs ou à des festivals pluridisciplinaires pour élargir votre horizon.
- Soutenez la jeune scène : Participez aux vernissages, relayez sur les réseaux, parrainez des campagnes de financement ou parlez directement avec les artistes lors de rencontres publiques.
- Restez curieux : Lisez, suivez les podcasts, newsletters, fanzines indépendants pour ne pas passer à côté des émergences marquantes.
- Allez à la rencontre de la création, même si elle vous dérange : La richesse est souvent au rendez-vous hors de votre zone de confort visuelle ou conceptuelle.
Conclusion : l’exposition, lieu vivant de décodage du monde
Loin d’être une simple vitrine de tendances ou un alignement d’œuvres isolées, l’exposition conçue par les commissaires comme Emmanuelle Giraud devient un espace actif d’expérimentation, de dialogue et de métamorphose. Qu’il s’agisse de thématiques engagées, de supports inédits ou de nouvelles formes de médiation, ces parcours interrogent notre rapport à l’art et au présent.
Pour les amateurs, collectionneurs ou simples curieux, l’invitation est claire : osez l’inédit, posez des questions, laissez-vous surprendre par la diversité des formes et la vitalité des jeunes artistes. Sur Slowvibes, retrouvez chaque semaine nos dossiers, interviews, analyses de tendances et conseils pratiques pour aiguiser votre regard et faire de chaque visite d’exposition un moment unique de découverte et de partage.