Dans les coulisses d’un festival culturel : le métier de bâtisseur d’événements
Chaque année, des centaines de festivals fleurissent partout en France, portés par la passion, l’audace et la ténacité de leurs organisateurs. Mais que recouvre réellement le métier de directeur de festival culturel ? Comment s'imagine, se construit et se pilote un événement qui attire quelques centaines ou plusieurs milliers de spectateurs ? Slowvibes a rencontré Julien Marius, directeur artistique du festival Urbanscène, pour explorer les réalités et les enjeux d’un poste clé dans le paysage culturel.
Naissance et identité d’un festival : tout part d’une vision
Un festival n’est jamais le simple produit du hasard ou d’un agenda local. Il s’enracine avant tout dans une volonté, souvent portée par une équipe restreinte mais déterminée. "Imaginer un festival, c’est partir d’une intuition : quel manque dans l’offre culturelle du territoire ? Quels publics n’ont pas encore leur rendez-vous ?", explique Julien.
Pour Urbanscène, né en 2016 dans une petite ville des Hauts-de-France, le pari était de rassembler fans de musiques actuelles, arts urbains et cultures émergentes dans une ambiance conviviale, loin des mastodontes parisiens. "Au départ, c’était artisanal : on improvisait beaucoup, mais l’essentiel était de fédérer une équipe, définir une ligne artistique forte et créer une identité reconnaissable par tous. »
Des choix cruciaux : programmation, lieu, partenaires
Le choix des artistes représente évidemment l’étape la plus visible du travail du directeur, mais il s’inscrit dans une équation bien plus large.
- La programmation : « On doit d’abord comprendre à qui on s’adresse, croiser attentes du public et découvertes, parier sur des talents. Il s’agit souvent d’un savant dosage entre têtes d’affiche pour garantir une fréquentation minimale et artistes émergents pour faire respirer le festival », partage Julien.
- Le site : Urbanscène a fait le choix d’installer ses scènes dans l’ancienne friche industrielle de la ville, mise à disposition par la municipalité. « L’atmosphère du lieu façonne l’ambiance générale. On privilégie les espaces propices à la flânerie : food courts, installations artistiques, zones famille, tout doit s’imbriquer harmonieusement. »
- La recherche de partenaires : “Impossible de financer seul un projet d’une telle ampleur. Il faut convaincre des institutions, mais aussi des acteurs économiques locaux. La clé ? Savoir valoriser les retombées positives – rayonnement du territoire, retombées économiques, dynamisme pour les commerces.”
L’organisation : du rêve à la réalité logistique
Une fois le projet lancé, le quotidien du directeur de festival ressemble à une course d’obstacles permanente. « La conception artistique, c’est 20% du travail, le reste, ce sont des heures sur la logistique, la sécurité, la technique, l’accueil, la gestion budgétaire. »
- Budget : La réussite dépend d’une gestion fine des dépenses. « Certains postes sont incompressibles : sécurité, cachets artistiques, assurances. Mais la créativité permet de valoriser l’inventivité locale – bénévolat, matériaux recyclés pour la déco, mutualisation d’équipements. »
- Logistique : Du planning des arrivées artistes à la synchronisation des équipes techniques, “il n’y a pas de hasard : tout repose sur des feuilles de route précises, une réactivité permanente et une capacité à résoudre les imprévus à la minute.”
- Relations humaines : La gestion des bénévoles, souvent plus de cent sur un week-end, est un défi central. “L’ambiance de l’équipe se ressent jusque parmi le public. Motiver, remercier, transmettre le sens de l’événement, c’est aussi important que d’installer une scène.”
Témoignages de festivalier et bénévole
Maëlle, festivalière régulière :
« On sent à Urbanscène que tout est pensé pour le public. Accueil, espaces pour s’asseoir, grande diversité d’âges. On revient chaque année en famille sans hésiter ! »
Antoine, bénévole en logistique :
« Être bénévole, c’est intense, mais voir le lieu se transformer et accueillir des milliers de gens, c’est magique. Le staff donne l’impression que chacun compte, même si c’est la course au pic d’affluence ! »
Le défi de l’éco-responsabilité et de l’inclusion
Depuis quelques années, la question du développement durable s’invite au cœur des préoccupations des festivals. « Le public y est de plus en plus attentif : on doit montrer que l’on agit concrètement, pas juste communiquer », précise Julien.
- Gestion des déchets : Tri sélectif, gobelets consignés, partenariats avec des associations spécialisées.
- Transports : “Navettes, remboursement partiel pour ceux qui covoiturent, sensibilisation via les réseaux sociaux.”
- Programmation inclusive : Artistes de tous horizons, mixité femmes-hommes, accessibilité pour les personnes à mobilité réduite.
Communication et fidélisation : capter l’attention, créer un lien durable
Construire un festival, c’est aussi raconter une histoire, donner envie, fédérer une communauté au-delà de la seule billetterie. « On mise beaucoup sur les réseaux sociaux pour rendre compte des coulisses, mais aussi pour donner la parole à notre public, encourage-t-il. Les teasers vidéo, les interviews artistes, les podcasts backstage créent du lien. Après le festival, des photos partagées, des jeux-concours, des sondages permettent d’améliorer chaque édition. »
L’ancrage dans le territoire est également vital : « On travaille avec les commerces locaux, les écoles, on propose des ateliers dans les quartiers. Un festival rayonne quand il se sent utile à sa ville, pas seulement au cours du week-end d’ouverture ! »
Les tendances actuelles : vers des festivals hybrides et participatifs
- Hybridation des formats : Concerts, spectacles, projections, ateliers, marchés de créateurs. « Plus on croise les expériences, plus on attire de publics différents et on fait vivre le site du matin au soir. »
- Participation du public : Défis créatifs, ateliers d’initiation, votes en ligne pour choisir une affiche ou une scène.
- Numérique : Une part grandissante prise par la diffusion live sur Internet, l’utilisation d’applications pour gérer la programmation, informer en direct et limiter le gaspillage papier.
Conseils d’expert pour se lancer dans l’aventure
- Bien s'entourer : Un festival se construit en équipe, avec des talents différents (artistique, technique, communication, administratif).
- S’inspirer sans copier : Étudier d’autres événements, mais affirmer sa singularité pour ne pas être dilué dans la masse.
- Connaître son public : Solliciter des retours, interroger les attentes, tester des formats pilotes avant de grandir.
- Anticiper les imprévus : Une pluie torrentielle, une annulation d’artiste, une défaillance technique... préparer des plans B et accepter qu’on apprend à chaque édition.
- Inscrire l’événement dans la durée : Penser "après" : comment capitaliser sur les acquis, garder le contact, préparer dès la fin d’une édition la suivante.
Vers l’événement de l’année : la recette secrète d’un directeur de festival
Julien Marius conclut : « Le moment où l’on voit la foule vibrer devant une scène, des enfants danser près des stands, des bénévoles épuisés mais fiers : tout prend sens. Un festival, c’est 364 jours de travail pour quelques heures d’intensité, mais c’est surtout un grand moteur d’innovation, de lien social et d’expérimentation culturelle. Osez, osez, osez. Même dans une petite ville, il est possible de créer l’événement de l’année si on reste à l’écoute de son territoire et de ses publics. »
En attendant la prochaine édition d’Urbanscène ou d’autres grands rendez-vous, retrouvez sur Slowvibes nos conseils pratiques, retours d’expérience, interviews exclusives et inspirations venues d’autres festivals pour imaginer, demain, votre propre aventure culturelle.